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Le dessin aérien.
Rarement une chorégraphie aura mieux mérité son nom que dans cette rencontre, ici, de la
danse et du dessin que propose Sandra Ancelot. Peintre autant que danseuse, elle sait que
le mouvement du danseur s’efface dans l’instant où il surgit et que le geste du peintre est
aussitôt fixé dans la trace qui le conserve. Mais des deux, il est possible de capter l’énergie,
en se tenant à la source où les figures du corps et les gestes de l’image prennent tous deux
leur envol.
Placé sous les auspices de la voltige, le spectacle « dessin aérien » est une suite de tableaux
dont les enchaînements témoignent d’une composition d’ensemble, depuis un lever de rideau
conçu comme un « lâcher de papier » portant avec lui l’idée d’un sol qui se soulève,
jusqu’au final où le dessin né du mouvement des corps dans l’espace est révélé aux spectateurs.
Entre temps, les corps des voltigeuses auront plané au-dessus de la toile, y inscrivant les
signes d’une danse née de la matière aérienne des songes. La nappe musicale que l’artiste
sonore, Stephan Ink, tend au-dessous des voltigeurs, comme une très fine résille de notes
prévenant leur chute, est subtile quoique forte, discrète quoique puissamment rythmée.
Souhaitons que ce travail puisse se déployer encore, avec le sens de l’improvisation qui est le
sien. La liberté donnée à Sandra Ancelot et Lucie Lastella dans leur danse aérienne ne serait
rien, sans la rigueur de leurs porteurs en contrepoids, Paul Warnery et Vincent Van Tilbeurgh.
Même plus technique, leur rôle est lui aussi chorégraphié et tous deux lui apportent la grâce
d’un jeu de funambules.
Renaud Ego, écrivain